Éclat(s) d’âme T.1 : Comment s’accepter?

Eclat(s) d'âme

Éclat(s) d’âme T.1 – © by KAMATANI Yûki / Shôgakukan

Encore une fois, ce sont les éditions Akata qui sortent des sentiers battus avec un titre montrant leur engagement. On sait que l’acceptation de la communauté LGBT pose encore problème et c’est donc avec un titre fort que l’éditeur revient : Éclat(s) d’âme de Yuhki Kamatani.

Résumé :

« Deux jours avant les vacances d’été, je crois que… je suis mort ». C’est ce qu’a pensé Tasuku le jour où un de ses camarades de classe lui a piqué son smartphone, alors qu’il était en train de regarder une vidéo porno gay dessus. La rumeur s’est répandue comme une trainée de poudre. Tasuku, pense alors à se suicider, ne pouvant supporter cette réalité dont il n’avait pas encore complètement conscience lui-même, mais aussi par peur du regard de la société. Pourtant, alors qu’il s’apprête à sauter dans le vide, il aperçoit, au loin, une mystérieuse silhouette de jeune femme qui le devance et… saute dans le vide ?! Intrigué, terrorisé, il s’élance vers l’endroit d’où elle a sauté. Il y découvre, stupéfait, que la jeune femme est encore en vie, et qu’elle est l’hôte d’une sorte de résidence associative, véritable safe space où se réunissent diverses personnes LGBT. De rencontre en rencontre, le jeune lycéen va apprendre à se connaître, à s’accepter, et trouver sa place dans le monde.

Source : Akata.

Avis :

« Tout est foutu. » (Tasuku) – Tome 1.

Les éditions Akata ont toujours prôné des récits mettant en avant les différences et ce, dans le but de sortir le manga de manière générale de sa zone de confort. Et souvent leurs prises de risque se sont avérées payantes.

C’est encore avec un titre bouleversant que l’éditeur touche là où il faut. Après Le Mari de mon frère, Éclat(s) d’âme aborde la communauté LGBT et les choses qui restent encore à faire dans notre société actuelle.

Si le nom de l’auteur(e) vous dit quelque chose, c’est sans doute parce que vous avez lu Nabari, un titre très plaisant de Yuhki Kamatani. Né(e) femme, c’est désormais en tant que transgenre que l’auteur(e) revendique ses choix et on comprend dès lors mieux ce titre à la lecture.

Eclat(s) d'âme

Éclat(s) d’âme T.1 – © by KAMATANI Yûki / Shôgakukan

Pour ma part, j’ai été touchée par la dimension profonde et poétique du titre. L’auteur(e) parvient à insuffler beaucoup d’émotions tout en ne manquant pas de pointer du doigt les nombreux problèmes qui touchent cette communauté.

Ainsi, découvrons-nous la ville de Onomichi située dans la préfecture de Hiroshima et qui est bordée par la montagne mais aussi la mer. On fait la connaissance du jeune Tasuku, lycéen discret, appartenant au club de ping-pong et plutôt apprécié de ses camarades à priori. Bref, un adolescent, somme toute, ordinaire… Mais voilà, un jour, ses camarades prennent son téléphone et y découvrent des vidéos pornographiques gay. Les rumeurs commencent à se propager. Si la première action du garçon est de se défendre en disant que ce n’est pas à lui, très vite, il envisage une voie plus radicale : mettre fin à sa vie. Tasuku sait que les rumeurs ne cesseront pas. Sauf qu’au moment où il s’apprête à sauter, il aperçoit au loin une silhouette qui semble vouloir faire la même chose que lui et qui y parvient. Mais quand le jeune homme, paniqué, se rend sur les lieux, il constate que la femme qu’il a vue n’a absolument rien et qu’elle possède une étrange résidence intitulée « salon de discussion ». Plusieurs personnes s’y croisent pour discuter, échanger sans être jugées et ayant toutes comme point commun d’appartenir à la communauté LGBT. Invitée par la jeune femme, le garçon va alors découvrir ce lieu qui risque bien de changer sa vie.

« J’y crois pas, Tasuku… Tu regardes du porno gay, toi? T’es pédé, c’est ça? » (Un camarade de classe) – Tome 1.

Éclat(s) d’âme commence de manière assez rapide et troublante. Les éléments s’enchaînent rapidement sans nous perdre pour autant mais on sent quelque peu désarçonnés par la façon dont Tasuku se retrouve très vite « pris au piège » d’une certaine manière. Et en cela, j’ai trouvé que Yuhki Kamatani s’avérait astucieux(se). En fait, Tasuku vit mal le fait qu’on ait pu révéler son homosexualité publiquement sans qu’il ait eu l’opportunité de le faire lui-même. Et quelque part, j’ai pensé que le garçon était encore trop dans la recherche de son identité pour pouvoir le faire. Le fait qu’il ait été pris au dépourvu et donc « outé » génère une tension qu’il n’avait pas envisagée. Son mal-être vient, à mon sens, essentiellement de là. On peut le remarquer par le fait que lorsqu’il constate que ses vidéos gay sont interceptées, il ne pense plus qu’à sa vie qui est brisée. Pourtant, rien fondamentalement ne l’explicite mais cette peur sourde est si grande qu’elle cristallise toutes ses angoisses. L’acceptation des LGTB est donc déjà l’étape la plus difficile et qui est remise en question par l’auteur(e). Plus loin, on sent que Yuhki Kamatani s’insurge aussi sur cette façon très violente d’exposer la sexualité d’une personne. Bien sûr, les camarades de Tasuku font cela sans avoir conscience derrière du mal qui est engendré mais le pire, c’est qu’ils ne se rendent pas compte également qu’ils ne comprennent absolument rien. On le perçoit dans la manière dont ils en discutent : que ce soit devant lui ou autour de lui, ils en font un sujet trivial qui devient prétexte à toutes les plaisanteries sans jamais soupçonner que c’est une souffrance pour le jeune homme mais j’ai même envie de dire que c’est une souffrance tout court. Cette exposition constante renforce le malaise du jeune homme essayant de se cacher derrière ce qu’il n’est pas. Pire quand son ami Tachibana qui croit que ses rumeurs sont fausses mais qui commence à faire des blagues très douteuses devant lui… Finalement, il y a une telle exacerbation que l’on arrive réellement à comprendre pourquoi Tasuku étouffe. Personne ne le voit réellement, personne ne se rend compte de sa souffrance permanente, personne ne discute concrètement avec lui. Il est définitivement isolé devant des personnes qui se prétendent non homophobes mais qui par leurs dires ou actes se révèlent l’être. Le travail de la conscience et sans doute des mentalités y est pour beaucoup. Le ton de Yuhki Kamatani s’avère très juste et quelque part, je crois qu’il cherche à nous bousculer même pour ceux qui ne se pensent pas du tout homophobes. Dans le fond, n’a-t-on jamais eu à un moment ou à un autre une pensée involontaire comme cela ?

Eclat(s) d'âme

Éclat(s) d’âme T.1 – © by KAMATANI Yûki / Shôgakukan

Tout autour de ce réseau scolaire, se développe l’intrigue autour du salon de discussion que l’on découvre petit à petit. Ce lieu permet notamment une libre expression et surtout aucun jugement n’est jamais porté. Au contraire, l’écoute est privilégiée. Certes, pour l’instant, on ne découvre pas tout le monde mais certains personnages s’avèrent déjà très intrigants. En premier lieu, la propriétaire du salon. On ne sait absolument rien sur elle. Énigmatique, j’avoue que j’aimerais savoir ce qui l’a conduit à monter ce salon. Elle apparaît souvent comme étant évanescente d’une certaine façon, prodiguant par touches des petits mots qui sonnent comme des préceptes. C’est peut-être la légère touche « magique » du recueil. J’espère qu’on saura plus de choses sur elle par la suite.

« Tu peux tout me dire… Mais je ne t’écouterai pas. » (La propriétaire du salon) – Tome 1.

Mais dans ce volume, c’est surtout Daichi que l’on découvre. Cette jeune femme qui vit avec sa copine rêve du jour où elle pourra enfin l’appeler sa femme. Cela permet à l’auteur de revenir sur le parcours de cette jeune femme à travers des flashbacks dévoilant des pans de sa situation familiale pas facile. On arrive vite à comprendre que le sourire de la jeune fille est une arme pour rester elle-même et assumer ses choix. J’ai déjà eu l’impression qu’elle avait une légère influence sur Tasuku qui se demande ce que c’est d’être soi-même. Encore faut-il qu’il arrive à comprendre qu’il n’y a aucun mal à être soi. Chose qui n’est pas encore gagnée pour lui…

« Le seul moyen de m’affirmer aux yeux des gens, c’est de leur montrer que je vis à ma façon, que je suis heureuse et en bonne santé. » (Daichi) – Tome 1.

D’autant que la fin reste assez floue introduisant un personnage présent de manière épisodique et qui dit une phrase pouvant sonner comme une inquiétude. Mais il est encore trop tôt pour savoir ce que veut ce personnage.

Eclat(s) d'âme

Éclat(s) d’âme T.1 – © by KAMATANI Yûki / Shôgakukan

En dehors de cette intrigue très bien menée, l’autre point fort de Kamatani est sans aucun doute son talent de la mise en scène. Le lieu est déjà magnifié par des prises de vue très bien travaillées et concourant à donner un caractère réaliste. Mais ce n’est pas le seul moment où l’auteur(e) s’amuse à jouer sur ces angles. Je pense notamment au passage où Daichi est en train de manger avec ses parents et où la prise de vue donne clairement la sensation qu’elle porte un poids énorme en raison de ses parents. Tout est dans la perspective. On peut aussi s’arrêter sur le « fermez-là » de TasukuKamatani alterne entre champs et contrechamps témoignant de la souffrance du jeune homme. En fait, tout est parfaitement pensé et a un rôle.

Les traits des personnages sont plaisants et comme j’avais plutôt apprécié les personnages dans Nabari, j’ai été assez séduite. J’ajoute que j’ai particulièrement aimé les plans sur certains personnages comme s’il y avait une volonté de pénétrer leur intériorité.

Eclat(s) d'âme

Éclat(s) d’âme T.1 – © by KAMATANI Yûki / Shôgakukan

Quant à l’édition, Akata offre à nouveau une belle qualité. La traduction est soignée, le papier est agréable, la couverture n’est pas trop rigide. La première page couleurs fait son effet.

Pour conclure, même si on n’est que dans une phase d’introduction, il reste qu’Éclat(s) d’âme a tout pour être un des best-sellers de l’éditeur. Tour à tour réaliste, fantastique voire un peu mélancolique/fantastique, le titre jongle avec brio sur les genres et sait capter l’attention. A vous procurer d’urgence !

Informations :

Titre VO : しまなみ誰そ彼
Titre traduit : Shimanami Tasogare
Genres : seinen, fantastique, drame, émotion, social, LGBT, tranche-de-vie, poétique
Nombre de tomes VF/VO : 2/4 (En cours/Terminé)
Auteur : KAMATANI Yuhki
Édition VF : Akata
Prix : 7,95€

Extrait en ligne : Eclat(s) d’âme T.1

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