Jumping T.1 : En selle!

Jumping

Jumping – Tome 1 JUMPING © 2015 by Asahi Tsutsui / SHUEISHA Inc.

Force est de constater que les shôjo/josei tendent à aller vers d’autres horizons. Il n’y est plus toujours question de romances classiques. Maintenant, on peut aborder divers thèmes tout en gardant une trame romantique. Et c’est le cas de Jumping paru chez Akata au mois de juin qui aborde un univers que je n’avais encore jamais vu : l’équitation.

Résumé :

Depuis qu’elle a raté ses examens d’entrée à l’université, Ran vit enfermée chez elle, ne sachant plus quoi faire de sa vie. Heureusement, Sayuri, sa seule véritable amie, décide de l’embarquer de force à Aomori, région plus reculée du Japon, où elle fait ses études. Elle y fréquente notamment le club équestre, en parallèle de ses études. Au contact des membres du club d’équitation, mais aussi des chevaux, Ran va, malgré son manque d’assurance, retrouver goût à la vie !

Source : Akata.

Avis :

Je ne connaissais pas du tout Asahi Tsutsui pour être honnête. Toutefois, en regardant ses productions, j’ai pu remarquer que la mangaka avait publié pas mal de titres où la romance reste assez présente. Et pourtant, c’est le premier titre que nous découvrons chez nous en France. Je m’y suis d’autant plus intéressée car ce sont les éditions Akata qui nous permettent de la découvrir. Si vous avez pu lire certaines de mes chroniques sur les titres d’Akata, généralement, j’approuve les choix de cet éditeur. Aussi, je me suis engagée.

Il faut dire qu’avec Jumping, Akata propose à nouveau un titre abordant un thème inédit (enfin, je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà lu cela dans un shôjo ou josei). Paru dans le magazine Cocohana des éditions Shûeisha, Jumping traite de l’équitation mais dans une perspective fondamentalement sociale à mon sens. Et à la lecture de ce premier volume, je dois dire que j’ai été plutôt charmée.

Jumping

Jumping – T.1 JUMPING © 2015 by Asahi Tsutsui / SHUEISHA Inc

Nous découvrons ainsi Ran, oscillant encore entre l’adolescence et l’adulte. Elle n’a jamais réellement eu une scolarité épanouie. Il faut dire que pour la demoiselle, les études sont sa bête noire : élève assez médiocre, Ran souffre aussi de son écriture très illisible (qui pourrait être assimilée à de la dysorthographie en réalité). Cette incapacité à faire mieux a conduit la jeune fille à avoir une très mauvaise estime d’elle. Discrète et fermée, Ran enchaîne les désillusions et sa récente déconvenue lors des examens universitaires n’ont fait que renforcer ce sentiment. A présent, Ran est une « hikikomori » qui ne possède plus de réelle vie sociale et qui souffre d’être un poids pour ses parents qui la soutiennent envers et contre tout malgré les protestations de sa tante. Heureusement, Ran peut compter sur Sayuri, sa seule amie depuis le lycée et la seule qui tente de lui faire comprendre que des opportunités sont encore possibles. Et c’est ainsi qu’elle va la pousser à l’accompagner à Aomori, campagne où elle fait ses études. Ran va alors retrouver sa passion des animaux et notamment un certain intérêt pour le club d’équitation de l’université. Seulement, les doutes vont persister et la jeune fille n’aura de cesse de se demander si elle a bien sa place…

« Je me voyais comme un rebut de la société… Quelqu’un d’inutile, une créature négligeable et sans intérêt. » (Ran) – Tome 1

Le parti-pris de Jumping est assez intéressant. En effet, la mangaka ne perd pas de temps dans la contextualisation de son récit. Très vite, on entre de plain-pied dans le sujet : Ran est une « hikikomori ». Un point que la mangaka va alors judicieusement traiter dans les premières pages : Ran vit recluse chez elle car elle ne sait plus où elle en est, elle ne sait plus quoi faire, elle ne sait plus comment se repérer. Il est donc assez aisé de comprendre qu’elle n’a aucune confiance en elle. Bien que ses parents soient derrière elle, un sentiment de culpabilité est omniprésent chez cette jeune demoiselle. Et ce n’est pas comme si elle ne manifestait pas la volonté de s’en sortir car on le voit : Ran a toujours tout fait pour faire mieux mais ses faiblesses la dépassent. On ressent très vite un attachement pour elle et je dois dire (mais c’est sans doute la prof qui parle…) que Ran m’a fait penser à beaucoup d’élèves en réalité avec des difficultés trop grandes qui ne font que les fragiliser davantage dans leur confiance. Je pense que plus loin que le simple fait que Ran soit une « exclue », il y a peut-être en arrière-plan une pointe critique autour d’une éducation qui tend à faire peser trop de poids chez les jeunes. On peut d’ailleurs le percevoir avec cette tante qui ne voit que l’excellence au lieu de voir les efforts accomplis. Finalement, la mangaka brosse le portrait d’une héroïne, certes en difficulté, mais qui témoigne d’une envie de progresser justement et qui se retrouve dans cette situation car elle ne dispose pas de façon innée de facilités.

« Parfois, il ne faut pas grand-chose pour que ça bouge. » (Sayuri) – Tome 1

Je l’ai réellement trouvé courageuse et cela se voit dans le discours de sa mère qui tient à montrer qu’elle est loin d’être une fainéante vivant de manière éhontée du confort de ses parents. De ce point de vue, j’ai apprécié la démarche de la mangaka et Ran en ressort définitivement très humaine. Il est d’ailleurs une bonne chose que cela soit perçu de son point de vue pour mieux ressentir le poids qu’elle-même ressent.

Jumping

Jumping – T.1 JUMPING © 2015 by Asahi Tsutsui / SHUEISHA Inc

A côté de ce thème, un autre a également une place importante : l’équitation. Pourtant, je ne peux pas dire que Jumping soit un simple manga sur l’équitation et comme il est bien indiqué sur la quatrième de couverture du manga, il y est question de réinsertion. En cela, Jumping choisit de montrer l’équitation comme étant une discipline comme une autre (on découvre ainsi beaucoup de choses sur le monde équestre : la compétition, les conditions des chevaux, etc…) mais surtout que ce sport va permettre vraisemblablement à l’héroïne d’avoir un objectif et plus loin de se libérer enfin de cette pression permanente sur elle. Parviendra-t-elle à démarrer cette nouvelle vie ? On se doute que c’est l’objectif même dans ce premier volume, il faut bien avouer que l’héroïne reste encore bien timorée tant ses hésitations sont nombreuses. Néanmoins, le contact avec Tsugaru (le cheval) paraît bienfaiteur. Dans ces moments, on voit déjà Ran plus épanouie et apaisée, pas totalement libérée de ses craintes mais plus assurée en tout cas. En définitif, Aomori semble apporter quelque chose à l’héroïne mais est-ce que tout cela est dû au contact de Tsugaru ? Il est clair que non (oui, autant répondre à la question directement au vu de la direction amoureuse que l’on perçoit).

Ainsi, à côté des messages développés par l’auteure, on retrouve également une part de romance. Ran se sent très vite troublée par le beau et un peu ténébreux Hina mais la réciproque se tient aussi même si pour l’instant, du côté du jeune homme, c’est moins prégnant. Quelque part, beaucoup de personnages masculins gravitent autour de notre héroïne quand on s’en rend bien compte mais la mangaka semble vouloir démontrer que tous ont un petit rôle à jouer dans l’évolution de Ran, ne serait-ce qu’Oku qui met quelque peu les pieds dans le plat mais pour mieux stimuler notre héroïne. Dans tous les cas, nul doute que Hina représentera un autre objectif mais peut-être plus inattendu pour Ran. A moins que ce soit le contraire puisque l’on découvre que Hina est lui-même préoccupé par ses propres tourments. Un épanouissement mutuel est donc envisageable pour ce « couple » qui n’en est qu’à ses balbutiements. Bien sûr, cet aspect n’est pas tant révolutionnaire mais la mangaka traite néanmoins bien ce point.

« Pour ça, il faut avancer… Avancer sans avoir peur de l’échec! Alors tu verras, ta vie se transformera. » (Chiyoko – soeur d’Oku) – Tome 1

Le tout est ponctué par de beaux moments voire drôles. La folie de Sayuri s’avère assez contagieuse par exemple même si on ressent chez elle une grande bienveillance. Le personnage d’Oku amuse par son caractère direct mais qui révèle au fond une certaine perspicacité. Ayukawa apporte du dynamisme et quelque part est l’opposé de Ran de par sa confiance. De manière générale, on sent beaucoup de positif chez les personnages et il est à parier qu’ils auront une influence sur l’évolution de l’héroïne.

D’un point de vue graphique, les dessins d’Asahi Tsutsui sont assez efficaces. Les personnages ont des traits assez sympathiques dans l’ensemble mais on sent réellement la patte de la mangaka qui s’éloigne (en tout cas pour moi) des traits plus « classiques » dira-t-on. Les chevaux sont aussi très bien dessinés et cela devrait donner lieu à de beaux moments pour la suite même si on en a déjà quelques-uns dans ce volume.

L’édition proposée par Akata est fidèle à ce que propose l’éditeur généralement. J’ai trouvé que le toucher de la couverture était vraiment plaisant. La traduction est soignée dans son ensemble.

Jumping est donc une bonne lecture. Ce premier tome offre tous les éléments nécessaires pour nous permettre de comprendre que l’héroïne n’aura de cesse de progresser jusqu’à son épanouissement final. Les thèmes sont bien traités et la romance est amenée progressivement. La suite devrait s’avérer tout aussi plaisante.

Informations :

Titre VO : Jumping ジャンピング
Titre original : Jumping
Genres : josei, romance, sport, social, tranche-de-vie, réinsertion
Nombre de tomes VF/VO  : 1/4 (En cours/Terminé)
Auteur : TSUTSUI Asahi
Édition VF : Akata
Prix : 6,95€

Extrait en ligne : Jumping T.1

 

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