Our summer holiday : Innocence et cruauté de la réalité

Our Summer Holiday

Our summer holiday KAMI-SAMA GA USO O TSUKU © Kaori OZAKI / Kodansha Ltd.

Le mois dernier est paru aux éditions Delcourt/Tonkam, Our summer holiday, un titre de Kaori Ozaki qu’on avait pu découvrir avec Immortal Rain chez Doki-Doki. Ici, on se situe bien loin de l’univers de son précédent titre : l’atmosphère se veut plus dramatique pour délivrer un touchant message lorsque ce sont les parents qui abandonnent leurs enfants.

Résumé :

Natsuru, 11 ans, est la star de son collège et jeune espoir du football. Il se retrouve mis à l’écart le jour où il refuse les chocolats que lui offre la plus jolie fille de l’école. Seul, il fait la connaissance de Rio, une fille de sa classe qui est rejetée par ses camarades à cause de sa très grande taille. Ils vont petit à petit se rapprocher et Rio va alors lui avouer son lourd secret.

Source : Delcourt/Tonkam.

Avis :

Our summer holiday est un titre qui m’a beaucoup plu et qui se veut extrêmement touchant sans en faire trop. C’est peut-être ce qui fait d’ailleurs toute la force du titre. Avant de s’intituler ainsi, le titre s’est d’abord nommé « Nobody Knows » avant d’avoir ce nouveau titre. Que ce soit Our summer holidays ou Nobody Knows, j’ai trouvé que les deux correspondaient quelque part car il est vrai qu’on peut réellement se dire : « personne ne sait » à la lecture de l’ouvrage.

Our summer holiday

Our summer holiday KAMI-SAMA GA USO O TSUKU © Kaori OZAKI / Kodansha Ltd.

Nous découvrons donc le jeune Natsuru, 11 ans, en dernière année d’école primaire. Arrivé en cours d’année suite à un déménagement, le jeune garçon semble s’acclimater assez rapidement à son nouvel environnement. Il devient même la star du club de foot, un sport qu’il idolâtre depuis toujours puisqu’il aimerait devenir footballeur professionnel. Le jeune garçon ne le sait pas mais il a aussi attiré les regards de la jolie Himegawa surnommée « princesse ». Cette dernière va d’ailleurs lui offrir des chocolats qu’il va refuser ce qui le conduira à être mis un peu à l’écart. Les choses ne s’arrangent pas quand il apprend qu’un nouvel entraîneur, professionnel mais peu pédagogue, va remplacer Monsieur Okada qu’il appréciait beaucoup (même si ce dernier était nul). Autant dire que Natsuru se sent de plus en plus déprimé jusqu’à ce qu’il découvre une fille de sa classe : Rio Suzumura qui semble, elle aussi, quelque peu perdue. Très rapidement, on découvre que Rio est la cible de moqueries en raison de sa grande taille et de son look décalé. Les vacances arrivent et Natsuru est bien loin de se douter qu’elles vont bouleverser à jamais sa vie…

Our summer holiday

Our summer holiday KAMI-SAMA GA USO O TSUKU © Kaori OZAKI / Kodansha Ltd.

Our summer holiday a la particularité de nous happer très rapidement dans son atmosphère. On se sent quelque peu bercés par la douceur et chaleur de l’été. L’ambiance se veut présente de bout en bout d’ailleurs comme pour mieux annoncer les divers évènements qui vont survenir par la même occasion : les vacances qui vont bientôt arriver, le camp d’été de foot qui attend Natsuru, la fête du quartier mais aussi des conditions climatiques qui peuvent osciller. L’été est un marqueur assez fort dans l’histoire d’autant que le prénom du personnage masculin signifie « objectif été » (si j’ai bien compris). On comprendra sur la fin toute sa résonance d’ailleurs. Au final, j’en suis même venu à penser que l’été devenait un personnage d’une certaine façon tant il semblait avoir un rôle à jouer même sur l’intrigue un peu plus sombre qui règne dans le titre. En outre, l’été se veut aussi le vecteur des moments de vie entre Natsuru, Rio et Yûta, le jeune frère de cette dernière. En cela, la dimension « tranche-de-vie » du récit n’a jamais été aussi marquante. Natsuru va découvrir cette jeune fille et son frère atypiques de manière aussi inattendue que touchante. Rio se révèle être une jeune fille mature mais très bienveillante. On voit qu’elle a sans doute grandi trop vite (du point de vue de la maturité), ce qui sera confirmé sur la fin du récit d’ailleurs. Rio s’avère douce et pragmatique. Une image qu’il était loin de soupçonner quand il la voyait à l’école. Quant à Yûta, c’est une dose de bonne humeur. Son espièglerie, sa curiosité, ses petits bavardages, le jeune frère insuffle un vrai dynamisme aux pages. J’ai adoré son innocence. Il y a quelque chose de profondément bon qui se dégage de ce frère et cette sœur si bien qu’on est très loin de se douter de la terrible tragédie qui les a frappés (ceci-dit, j’avoue avoir eu des soupçons dès le moment où Natsuru se rend chez Rio).

« En vrai, je ne savais même pas pourquoi elle pleurait mais la sensation de ce tremblement chaud dans mes bras me faisait peur. » (Natsuru).

Finalement, cet été aura sans doute quelque chose d’assassin. Plutôt que d’être le lieu d’un moment de joie et convivialité, il va être le théâtre de quelque chose de beaucoup plus macabre où la réalité aura vite fait de rattraper la pauvre Rio. Le récit prend le temps de développer les choses à son rythme instaurant une espèce de tension par « à-coups ». C’est difficile à réellement expliquer sans lire le titre mais on sent quelque chose de dérangeant dans cette bulle d’innocence qu’ils se créent grâce à leur rencontre.

Our summer holiday

Our summer holiday KAMI-SAMA GA USO O TSUKU © Kaori OZAKI / Kodansha Ltd.

On déjà des pistes qui sont amenées assez judicieusement par la mangaka. La préoccupation pécuniaire de Rio soulève déjà des interrogations. La jeune fille très soucieuse de l’argent dépensé confirme que ses conditions de vie doivent être très modestes voire misérables. La suite le prouve d’ailleurs. Ensuite, la jeune fille vit avec son frère dans une maison complètement délabrée, son frère étant même obligé de dormir dans le placard… Enfin, pour une raison étrange, Yûta craint les fantômes de leur petit jardin quand Rio, elle, se trouve effrayée par les bruits qui y proviennent. Enfin, il y a Natsuru qui dès le départ sent une odeur bien étrange dans ce jardin. Kaori Ozaki amène les détails pour nous faire comprendre de manière explicite que quelque chose de très sombre nous attend. Un secret qui pèse sur les épaules de la jeune douleur et qui explique pourquoi elle est souvent craintive. A côté, le personnage de Natsuru n’est pas forcément dans une situation si envieuse bien qu’elle soit moins terrible. Il vit seul avec sa mère depuis le décès de son père. Cette dernière essaie de l’élever du mieux qu’elle peut même si on la sent parfois dépassée par son fils qu’elle adore. La situation atypique de cette famille m’a quelque peu plu. Il est amusant de voir une relation où le fils appelle sa mère par son prénom de temps en temps et où souvent, il semble être quelque part le parent quand il la réconforte pour la pousser à trouver l’inspiration de ses light novels. Une relation complice est assez présente entre le fils et la mère même si on sent fréquemment que l’absence du père manque. Et cela est également renforcé par le nouveau coach de Natsuru qui se montre assez déroutant arrivant même à distiller le doute chez le garçon.

De façon assez pertinente, la mangaka évoque le thème de l’abandon et de la trahison parentale. Ici, ce sont les adultes qui sont en tort. Pour moi, on peut d’abord voir l’abandon involontaire du père de Natsuru. On le sent : le garçon se pose beaucoup de questions sur ce père mort qu’il n’a pas pu connaître comme il l’aurait aimé. Il y a quelque chose de réellement poignant qui se dégage chez Natsuru quand il demande pourquoi son père est mort s’il a été sage comme il le lui avait recommandé. On voit quelque part que Natsuru qui cherchait à se montrer parfois adulte pour aider Rio n’est qu’un garçon qui a encore besoin d’être soutenu lui-même. Ensuite, il y a le départ de la mère de Rio a clairement délaissé ses enfants sans aucun scrupule et qui d’ailleurs n’est présente que dans les mots de sa fille mais c’est tout. Le nouvel entraîneur (qui quelque part incarne une figure parentale) ne se rend pas compte que lui aussi abandonne Natsuru en le dévalorisant là où il devrait le pousser. Puis mentionnons le père de Rio et Yûta qui a choisi son bien-être avant celui de ses enfants. Je ressentais du mépris pour ce père trop insouciant qui promettait monts et merveilles sans se rendre compte des blessures qu’il infligerait à ses enfants. Et en même temps, le cri de désespoir de Rio quand elle rappelle que malgré sa bêtise, il reste son papa montre combien elle a cruellement besoin de repères. Ce sont ces divers moments qui émeuvent et qui nous poussent à réfléchir sur la cruauté d’une réalité qui poussent des enfants à mentir pour ne pas se retrouver seuls. Finalement, on comprend pourquoi il est question de trahison quand on voit les adultes bafouent la confiance que les enfants placent en eux puisqu’ils sont supposés être des modèles. Cependant, en dépit de tout, il reste une forme de naïveté magnifique chez les trois enfants : leur tentative (assez rapidement avortée) de fuite a quelque chose de pur, beau et donne même une certaine cohérence à leur action. On sent cette envie d’aller ailleurs, d’échapper à cette réalité étouffante même si elle finira par les rattraper. On appréciera l’espèce de cynisme de la mangaka quand l’ensemble est présenté comme un autre fait divers où le plus intéressant est l’aspect morbide…

Our summer holiday

Our summer holiday KAMI-SAMA GA USO O TSUKU © Kaori OZAKI / Kodansha Ltd.

Malgré tout, Our summer holiday reste un récit rempli d’espoir et de connotations positives. La fin abonde d’ailleurs dans ce sens et nous laisse croire que Rio et Natsuru sont promis à de bien meilleures choses. Il est d’ailleurs assez significatif de voir que tout fait sens puisqu’on apprend que Natsuru aimerait aller aux Jeux Olympiques de Rio là où Rio lui apprend son rêve prémonitoire (qui plus est « en été »…). Une façon peut-être de nous faire comprendre qu’ils se retrouveront ? La porte est ouverte et il ne tient sans doute qu’aux lecteurs de faire fonctionner son imagination.

« […] Parce que chaque fois que je voyais cette maison inhabitée, ça me déchirait le coeur. » (Natsuru).

La narration est sublimée par le trait très élégant de la mangaka. J’ai trouvé qu’elle savait capter les moments de grâce de ses personnages. Les contrastes noirs/blancs sont assez saisissants plus que dans d’autres mangas mais la fin a quelque chose de très lumineux renforcée les fleurs de sakura. L’édition de Delcourt/Tonkam est plutôt correcte dans son ensemble. La traduction est soignée.

En un peu plus de deux-cent pages, Kaori Ozaki livre un récit émouvant sans jamais tomber dans le pathos et avec des personnages aussi courageux que touchants. Our summer holiday est pour moi une des excellentes surprises de cette année 2017 !

Informations :

Titre VO : 神様がうそをつく
Titre traduit : Kamisama Ga Uso wo Tsuku
Genres : seinen, tranche-de-vie, drame, romance
Nombre de tomes VF/VO : 1 (Terminé)
Auteur : OZAKI Kaori
Édition VF : Delcourt/Tonkam
Prix : 7,99€

Extrait en ligne : Our summer holiday

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