Après la pluie T.1 : De la délicatesse des gouttes…

Après la pluie - Kana

Après la pluie – T.1 Koi wa ameagari no yoni ©2015 Jun Mayuzuki/SHOGAKUKAN

En avril, nous avons pu découvrir un nouveau seinen aux éditions Kana : Après la pluie de Jun Mayuzuki. Initialement intitulé Koi wa Ameagari no You ni, ce titre s’avère être avant tout une belle tranche de vie où l’amour s’immisce dans le cœur de nos personnages.

Résumé :

Akira Tachibana, 18 ans, est en classe de première au lycée.
Après les cours, elle travaille dans un restaurant familial géré par Masami Kondô, 45 ans. La jeune fille, plutôt introvertie, est secrètement très attirée par son patron. Alors qu’Akira s’apprête à peine à sortir de l’adolescence, Kondô, lui, est déjà à la moitié de sa vie. Une histoire d’amour à suivre de près…

Source : Kana.

Avis :

Il faut savoir que le titre de Jun Mayuzuki est arrivée dans notre contrée avec une réputation assez flatteuse. En effet, prépublié dans le Big Comic Spirits des éditions Shôgakukan, Après la pluie est arrivé 2e au Comic Natalie Award, ce qui n’est pas rien. En outre, le titre peut se targué d’être arrivé 4e au Kono manga ga sugoi de 2016. Aussi, il est vrai que cela ne fait que susciter un peu plus l’intérêt. D’autant qu’on vient d’apprendre qu’en plus, une adaptation en anime était également prévue. Et je dois dire qu’à la lecture, on comprend parfaitement pourquoi ce titre mérite cette adaptation. J’ai passé un excellent moment avec ce premier volume : délicat et subtile. Deux mots que j’affectionne particulièrement.

Akira Tachibana est une lycéenne de 18 ans comme tant d’autres : elle travaille dans un restaurant après les cours. On ne peut pas faire plus banal. Sauf qu’Akira est secrètement amoureuse de son patron : Masami Kondô, 45 ans… Pourtant, la jeune fille n’en montre rien préférant restée sur la réserve et vivre cet amour de façon platonique. Mais jusqu’à quand pourra-t-elle rester ainsi ? Et surtout, pourquoi cet homme à la fois débonnaire et disons-le un peu « plan-plan » l’attire-t-elle tant alors que 27 ans les sépare ?

Voilà le pitch simple d’Après la pluie : une romance entre une adolescente et un homme beaucoup plus mûr. On pourrait craindre le pire et on pourrait même se sentir gêné mais il n’en est absolument rien tant la mangaka prend soin de bien installer l’histoire et ses personnages. On se laisse avant porter par sa finesse à dépeindre les sentiments de ses personnages avant d’en venir à une romance à proprement parler. Il est vrai que le thème de la différence d’âge n’est jamais aisé à aborder et encore plus quand il y a une telle différence d’âge. Généralement, j’ai souvent trouvé que l’on abordait ce point de façon un peu légère pour peut-être justement dédramatiser comme dans Lovely Fridays d’Arina Tanemura ou Trop jeune pour moi ?! d’Aya Oda. Et généralement, c’est souvent les filles qui s’avèrent plus âgées. Je ne sais pas si cela servait à mieux faire accepter quelque chose qu’on n’arrive pas à concevoir. Je pense notamment à Kore wa koi no Hanashi de Chika (josei non publié en France) qui aborde également ce thème de la différence d’âge mais en privilégiant surtout les sentiments des personnages. Et c’est peut-être pour cette raison que la thématique m’a réellement plu. La mangaka évite, en outre, bien des clichés et préfère s’attarder sur le quotidien de ses personnages. C’est donc petit à petit que l’on découvre les caractères d’Akira et Kondô.

« Ton charme… Je suis la seule à le voir. » (Akira) – Tome 1.

Et très vite, on se prend d’attachement pour eux alors que j’ai presque envie de dire qu’ils sont comme des anti-héros.  C’est bizarre à dire mais ils me donnaient parfois la sensation de ne pas être totalement acteurs du récit mais plus des spectateurs. C’est un aspect intéressant qui est proposé de ce fait. On a donc Masami Kondô, quarantenaire qui n’a absolument rien pour lui (soyons honnêtes). Il est le type du personnage qui n’ambitionne rien donnant surtout la sensation que sa carrière va s’achever avec ce restaurant. D’apparence négligée, c’est un personnage qui s’efface… Mais qui s’efface tellement qu’il ne cesse de s’excuser auprès de ses clients, ce qui rend d’ailleurs hystérique une de ses employés.

Après la pluie

Après la pluie – T.1 Koi wa ameagari no yoni ©2015 Jun Mayuzuki/SHOGAKUKAN

Le personnage apparaît très vite comme enlisé et quelque part, même si on a envie de le secouer un peu, on ressent une forme de bienveillance pour lui. Pour ma part, j’ai eu souvent l’impression qu’il subissait les choses parce qu’il n’avait pas le choix. Quelque part, le fait qu’il commence à se poser des questions sur Akira paraît lui faire prendre du recul sur ses propres choix. Je m’avance peut-être un peu mais l’approche pourrait être pertinente si cela se poursuit ainsi. Puis on a la jolie mais d’apparence un peu froide Akira Tachibana, dix-huit ans et dont on sent que ses années d’adolescence sont presque derrière elle. Elle est loin d’incarner l’insouciance de la jeunesse. Plutôt introvertie, elle s’avère assez maladroite si bien que ses relations sociales s’en ressentent. En outre, l’espèce de froideur qui se dégage de son regard a tendance à effrayer ceux qui l’approchent dont Kondô. Très vite, Akira apparaît comme déphasée par rapport à son époque : pas de téléphone à la mode, pas d’intérêt pour les garçons, inapte à voir quand certains lui tournent autour et possédant des goûts pour le moins étranges selon les dires de ses copines. Au final, on ressent là encore une certaine bienveillance envers elle notamment parce que sa maladresse semble être à l’origine de tout cela, ce qui est plutôt amusant dans le fond.

« Patron… Je vous aime… » (ce que pense Akira dans sa tête).

« Tu peux arrêter de me fixer comme ça? » (Masami) – Tome 1

Là où on sent que la mangaka prend du plaisir, c’est peut-être dans la façon détournée de montrer les sentiments ancrés d’Akira et ceux peut-être plus troublés chez Kondô. Le tout se fait avec une grande subtilité (je vous ai dit que c’était mon mot). Ainsi, à travers plusieurs épisodes, la mangaka cerne un peu plus les traits de ses personnages. Cela passe par des discussions des employés du restaurant au sujet de la situation familiale de Kondô, l’accident de la cheville qui permet de découvrir un peu plus le « moi » d’Akira d’une certaine façon. Mais surtout les différentes réflexions qu’Akira comme Kondô ont l’un sur l’autre. Assez étrangement, cela renforce les points de vue internes de chacun si bien qu’on s’amuse de détails bêtes mais laissant comprendre qu’il s’agit de sentiments : une braguette mal fermée ou un début de calvitie chez Kondô comme un côté fermé mais soucieux chez Akira. Ce jeu d’observation est sans doute la force de ce premier volume et peut-être de la suite. Un point qui m’a un peu rappelé Hibi Chouchou même si c’est dans un autre contexte. Finalement, l’un comme l’autre se rend compte qu’ils ont bien du mal à cerner l’autre. Mais c’est paradoxalement ainsi que l’on découvre davantage leurs émois.

Après la pluie T.1

Après la pluie – T.1 Koi wa ameagari no yoni ©2015 Jun Mayuzuki/SHOGAKUKAN

Les personnages secondaires ne sont pas en reste. On découvre ainsi Yoshizawa, l’amoureux transi d’Akira mais qu’elle ne voit absolument pas. Toujours positif, ce personnage s’avère réellement mignon. On également Kubô, collègue bougonne d’Akira qui prend plaisir à critiquer son patron. Ou encore Rui, la collègue dynamique d’Akira. On voit rapidement d’anciennes camarades d’athlétisme d’Akira. Ce qui laisse à penser que ce sport pourrait peut-être également prendre une certaine importance notamment pour mieux percevoir ce personnage.

A tout cela s’ajoutent une subtilité narrative et visuelle. En effet, rien n’est alambiqué dans la narration. On sent que la mangaka cherche la simplicité des sentiments qu’on n’explique pas. Et c’est vraisemblablement pour cela qu’elle est très juste dans la manière de les retranscrire. En outre, on a souvent l’impression que la mangaka s’amuse à mettre en scène son titre avec un découpage qui s’avère pertinent et efficace. Les choses semblent progresser logiquement et avec un rythme qui s’impose de lui-même. On appréciera également les angles de vue bien choisis. Les traits des personnages sont assez fins et je trouve fréquemment que les yeux d’Akira en disent beaucoup même si Kondô ne le voit pas. La dimension tranche-de-vie passe réellement par des petits riens : des petits bruits ou des scènes de la vie très banales.

Quant à l’édition, j’ai trouvé le papier agréable et fin mais la couverture un peu plus rigide qu’à l’accoutumée étrangement. Les onomatopées sont bien retranscrites collant assez bien à l’ambiance.

En conclusion, ce premier volume s’avère une très belle mise en bouche : c’est avec beaucoup de délicatesse que Jun Mayuzuki nous raconte une romance pas comme les autres où on a hâte de découvrir la suite. Par ailleurs, avec un premier volume à 5,95€ jusqu’au 31 décembre 2017, pourquoi se priver ?! A lire !

Informations :

Titre VO : 恋は雨上がりのように – Koi wa Amaagari no You ni
Titre VF : Après la pluie
Genres : romance, tranche-de-vie
Nombre de tomes VF/VO  : 2/7 (en cours)
Auteur : MAYUZUKI Jun
Édition VF : Editions Kana
Prix : 7,45€

 

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