Moving Forward T.2 : Quand les fissures s’installent…

Moving Forward

Moving Forward – T. 2 ARUITOU © 2011 by Nagamu Nanaji / SHUEISHA Inc.

Après un premier volume posant les bases et présentant les protagonistes, ce deuxième volume de Moving Forward approfondit davantage l’héroïne et revient sur les douleurs de cette dernière mais aussi des autres…? Un deuxième tome fort nous est proposé ici.

Résumé :

17 janvier 1995, Kobé. Kuko n’est encore qu’un nourrisson. Ce matin-là, alors que son père quitte le foyer pour se rendre au travail, l’irrémédiable se produit. Un terrible séisme se produit, qui marquera à jamais l’histoire du Japon. Mais aussi, et surtout, la vie de Kuko. Désormais adolescente, la lycéenne doit apprendre à vivre, à grandir, à aimer… Mais comment s’éveiller à tous ces sentiments en l’absence d’une mère ?

Avec sa scène d’ouverture époustouflante sur le séïsme de Kobé, ce second tome de Moving Forward confirme magistralement les intentions de l’auteure, tout en explicitant la psychologie de l’héroïne de ce nouveau shôjo manga, dans la pure lignée d’un orange ou d’un Daisy, lycéennes à Fukushima. Deuil national et dignité, faux-semblants et non-dits, avec une précision et une émotion à fleur de peau, Nanaji Nagamu livre ce qui sera peut-être l’oeuvre majeure sa carrière.

Source : Akata.

Avis :

Sourire pour avancer, sourire pour protéger les autres, sourire pour se protéger, sourire parce qu’on n’a pas le choix, telle semble être la mission de Kuko mais voilà, la jeune fille s’interroge depuis la remarque d’Outa : son sourire aurait-il des épines si bien qu’il en vient à blesser les gens qu’elle aime ? C’est sur cette interrogation que se concluait le volume 1 et que s’ouvre le volume 2. Kuko n’a pas le choix et elle est obligée de se poser cette question et de se confronter à la source de son mal-être dont l’origine est bien plus profonde qu’on ne le pensait…

« Mon père souriait toujours. […] Il souriait alors moi aussi… » – (Kuko) Tome 2.

Ainsi débute le volume 2 de Moving Forward à travers un long retour en arrière qui nous entraîne en 1995, année de naissance de Kuko mais également année de l’une des plus grandes catastrophes qui a touché le Japon mais surtout la ville de Kobe. Bien sûr, dès le volume 1, on pouvait sentir les prémices d’un drame difficile mais pour Kuko, encore nourrisson à ce moment, on se rend compte que plus loin que le drame, il y a peut-être deux pertes pour elle : celle de sa mère et celle de repères à fortiori. Elle ne sait les éléments seulement parce qu’ils ont été racontés par son père et les autres. Aussi, comment évoluer face à ce que l’on ne maîtrise pas ? Ce moment dramatique est particulièrement bien mis en scène dans le tome. Je vous avais dit (dans la critique du tome 1) que la mangaka avait considérablement évolué dans son dessin et cela se confirme ici puisque le découpage pour « visualiser » la scène est particulièrement réussi : les émotions, la façon dont tout surgit d’un coup sans laisser le temps de comprendre que la vie ne sera plus la même confèrent à ce passage une forte dimension tragique. La reconstruction après le deuil du père alors qu’elle grandit en même temps est aussi un moment fort du manga : on arrive à mieux saisir la naissance du sourire immuable de Kuko et son envie de toujours sourire aux autres. C’est parce qu’elle a compris que sourire apportait le sourire chez les autres qu’elle a décidé d’adopter cette attitude. Nagamu Nanaji ne s’étend aucunement sur le drame. En effet, le drame ne prend pas tout le volume mais en l’espace de quelques pages, elle parvient assez habilement à nous faire saisir la force de tout ce qui s’est joué à partir de cet évènement. On en peut que mieux intégrer comment Kuko a grandi, comment elle s’est construite cette mentalité forte et aussi l’importance d’Ibuki et Kiyo dans son évolution.

Moving Forward

Moving Forward – T.2 ARUITOU © 2011 by Nagamu Nanaji / SHUEISHA Inc

Mais il y a aussi tout un pan autour de l’identité de Kuko et de son rapport aux autres. La remarque d’Outa bouscule la jeune fille dans ses retranchements et elle doit désormais s’interroger de façon à comprendre que son sourire n’a peut-être toujours été qu’une négation de ce qu’elle est. Finalement, son sourire ne serait-il qu’un rempart ? Un mur infranchissable qui l’empêche de se rapprocher d’Outa notamment ? Ou bien doit-elle rester cette fille avec ce grand sourire comme souhaite le préserver Kiyo ? Enfin, doit-elle montrer la vraie Kuko, celle avec des fissures comme le lui suggère Sazuku ? Un grand nombre de questions se bousculent dans l’esprit de Kuko mais cela permet également à la mangaka de révéler une grande complexité chez cette jeune fille « cool » en apparence. J’ai trouvé toute cette dimension très crédible. On remarque que les trois garçons s’imposent, de façon subtile, dans le « spleen » (pour reprendre une des thématiques de l’éditeur) inhérent à Kuko. La narration n’en est que plus fine, sensible et intelligente. Ce sont donc cela les « épines » de Kuko : cette difficulté à réellement avancer car comment bien vivre quand on ne peut pas échapper à un souvenir même si pour elle, il ne restera toujours qu’au stade d’une réminiscence voire de quelque chose d’inexistant puisqu’elle était trop jeune et comment ne pas s’en souvenir malgré tout quand elle voit son père en larmes… Dans le fond, ne se sentirait-elle pas coupable de quelque chose qu’elle ne pouvait pas éviter ? Je dois dire que j’ai été assez bouleversée par cette manière de procéder. Je le reconnais, ayant lu les autres titres de la mangaka, je ne m’attendais pas à une aussi grande finesse. Mais force est de constater que ce titre est bien loin des petites bluettes romantiques dans les shôjo. On s’attache encore plus à cette jeune fille si forte, si enjouée et si courageuse qui, en réalité, n’est qu’une demoiselle totalement perdue et touchante.

« C’est toi qui la forces à sourire? » – (Sazuku à Kiyo) Tome 2.

On s’intéresse également un peu plus aux trois garçons dans ce volume Outa, Kiyo et Sazuku. On dépeint un peu plus leurs personnalités : Outa qui fait figure d’artiste peintre, Kiyo toujours aussi dynamique en apparence et Sazuku, musicien, toujours aussi froid mais que tout le monde semble vouloir consulter alors qu’il est nouveau dans cette ville (cette partie est assez amusante d’ailleurs). Mais on découvre aussi quelques aspects un peu plus sombres, notamment pour Outa. Il demeure assez indéchiffrable pour l’instant, Il paraît aussi cacher une douleur (serait-elle liée à Una ?). Je dis cela, mais en fait, on dirait qu’ils ont tous quelque chose dans l’absolu. Aura-t-on un carré amoureux ? : si les sentiments de Kiyo semblent clairs, du côté des deux autres, on ne sait pas trop. On voit bien que l’héroïne est troublée par Outa, mais elle l’est également par le troisième garçon (peut-être parce qu’il ne prend pas de gants avec elle…). Par ailleurs, elle découvre aussi une facette de Kiyo qu’elle ne connaissait pas réellement. Bref, je ne saurais dire vers où tout cela va s’orienter pour s’attarder sur la dimension plus « shôjo » du titre…

Moving Forward

Moving Forward – T.2 ARUITOU © 2011 by Nagamu Nanaji / SHUEISHA Inc

La symbolique du tableau d’Outa prend quelque peu son sens. On voit souvent des chats avec Kuko, mais on ne sait pas vraiment pourquoi. Or, en regardant le titre du tableau à la fin du volume 1 et en mettant cela en lien avec ce qu’on lit du volume 2, il y a peut-être une ligne directrice qui se dessine quelque peu. On peut penser à un implicite qui va se dévoiler au fur et à mesure. On sait simplement que cela a touché l’héroïne, même si elle tente de ne rien montrer et de rester joyeuse quand elle est face à son père. On remarquera que ce dernier agit de la même façon comme pour mieux la protéger d’elle-même si je peux m’exprimer ainsi. J’aime beaucoup la manière dont se construit le personnage de Kuko. Quand elle est déstabilisée, cela dure une fraction de seconde, son masque « sourire » reprend le dessus, mais derrière, on perçoit qu’elle se fragilise de plus en plus à l’instar d’un verre. L’évolution du manga devrait montrer comment elle pourrait enfin accepter cette faiblesse, car c’est assez facile de voir qu’elle veut préserver le « soulagement » de son père.

« J’ai eu l’impression qu’il fallait élargir la plaie et souffrir davantage. » (Kuko) Tome 2.

Là où ce volume se veut peut-être encore plus significatif, c’est également dans la profondeur que l’on retrouve à travers certains gestes, certains regards, ces non-dits qui finalement disent tout. Déjà présents dans le volume 1, on ressent davantage leur impact dans le volume 2. Le tout est sublimé par la dimension très visuelle du titre. Si on se réfère à nouveau aux « free-talks » ou bien à la carte de Moving Forward en fin de chaque volume, on constate que Nagamu Nanaji a mis un point d’honneur à apporter le plus de crédit possible à son titre : reproductions fidèles d’après des photos, recherche de l’existence des bâtiments, retour sur la construction du titre ou encore référence à Fukushima et à la façon dont elle a géré cette catastrophe. J’en suis même venue à me demander si Moving Forward n’était pas une sorte d’exutoire pour elle car elle ne s’était jamais autant livrée dans ses précédents titres.

Ce second opus est peut-être encore plus incisif que le premier qui servait davantage de large introduction. Ici, on voit les troubles prendre de plus en plus d’importance tout comme les personnages qui continuent tous de se développer. A force de sourire, Kuko ne se serait-elle pas oubliée pour tomber dans un spleen dont elle n’arrive plus à sortir ? Les questions sont bien posées et on attend réellement de voir comment tout ce petit monde ira de l’avant. A lire et relire !

Pour rappel, le troisième volume est prévu le 11 mai 2017 aux éditions Akata.

Informations :

Titre VO : あるいとう
Titre traduit : Aruitou
Genres : shôjo, romance, drame, tranche-de-vie, deuil
Nombre de tomes VF/VO : 2/11 (En cours/terminé)
Auteur : NANAJI Nagamu
Édition VF : Akata
Prix : 6,95€

 

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