Twittering Birds Never Fly T.1 : Torture, ô douce torture…

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Twittering Birds Never Fly – Tome 1

Dans le monde du yaoï, s’il y a bien une mangaka à découvrir absolument, c’est la fabuleuse Kou Yoneda. Loin des clichés que l’on peut parfois découvrir dans les yaoï, Kou Yoneda offre des histoires très travaillées avec des personnages souvent charismatiques. Et c’est notamment le cas de Twittering Birds Never Fly dont le premier volume est paru en 2013 chez Taifu Comics. Je vous propose de vous plonger dans ce yaoï à l’univers sombre mais captivant.

Résumé :

Yashiro, un masochiste totalement dépravé, patron d’un clan de yakuza et de la société de finance Shinsei, embauche comme garde du corps Chikara Dômeki, un homme taciturne et peu bavard. Yashiro tombe peu à peu sous le charme taciturne de Dômeki, mais ce dernier reste impassible aux avances de son patron. C’est le début d’une histoire oppressante entre Yashiro qui ne parvient pas à surmonter ses traumatismes d’enfance et Dômeki qui tout en obéissant sans mot dire aux ordres de son patron, cache au fond de lui une cicatrice plus profonde…

Source : Taifu Comics.

Avis :

Avant de débuter, je dois dire que je partais avec des appréhensions. Pas que je doute du travail de Kou Yoneda que j’apprécie énormément, mais j’ai un peu de mal avec l’univers des yakuzas en fait et je me demandais si la mangaka parviendrait à éviter les clichés. La réponse est oui dans son ensemble. Certes, il y a quelques points contre lesquels on ne peut rien faire, mais la grande force de la mangaka étant la part psychologique qu’elle donne à ses personnages, cela permet très vite de se focaliser sur autre chose.

Il faut savoir que ce yaoï est la suite du one-shot Don’t Stay Gold. Mais il n’est pas réellement nécessaire d’avoir lu le one-shot pour comprendre l’histoire.

Le tout début sert à contextualiser. Cela explique certaines choses sur Yashiro. Et s’il est vrai qu’il est un peu dommage de ne plus revoir le premier couple par la suite (enfin, on le voit rapidement), je ne me sens pas réellement déçue dans la mesure où le couple est déjà créé alors que tout le chemin reste à faire pour Domeki et Yashiro.

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Twittering Birds Never Fly – Tome 1 © KOU YONEDA 2013 Originally published in Japan in 2013 by TAIYOHTOSHO

Mais ce que j’ai bien aimé dans cette « première partie » si je peux l’appeler ainsi, c’est que la mangaka nous montre déjà plusieurs aspects de Yashiro. C’est vrai qu’on a le personnage qui peut sembler masochiste et qu’il explique cela d’une façon qui nous le montre comme indifférent à son sort. Mais en le montrant dans sa jeunesse, elle met aussi en avant une forme de fragilité par le fait qu’il a été « sali » par son beau-père ou lorsqu’on perçoit sa seule vraie déception amoureuse. On reste également assez marqués par la perspicacité de Kageyama, peut-être le seul à l’avoir vraiment cerné et qui va le conduire sans qu’il s’en rende compte à lui faire verser des larmes… :/. Une preuve si on en doutait sur le fait que ce personnage pourra vraiment se révéler fascinant…

Par la suite, on découvre davantage cette relation si sombre et tortueuse entre Yashiro et Domeki. C’est sûr que lorsqu’on commence le manga, on peut douter sur le fait que cela sera profond, mais c’est du Kou Yoneda, c’est forcément plus profond qu’il n’y paraît. D’autant que le personnage de Yashiro est travaillé d’une telle façon qu’on l’adore tout en ressentant parfois une forme de malaise à son égard. Pour moi, c’est l’un des personnages les mieux traités de tous les yaoï que j’ai pu lire. Oui, oui, ni plus ni moins! Bon, peut-être que je le mettrais quand même un chouilla en dessous de ceux du Jeu du chat et de la souris, mais il n’en demeure pas moins que je suis captivée par ce personnage. Forcément, il intrigue, il suscite des interrogations et il nous bouscule quelque peu quand on sait que sa quête de plaisir provient du viol qu’il a subi adolescent. Aussi, il y a ce côté un peu malsain dans le sens où pour lui, la souffrance est plaisir…

Mais, en même temps, la mangaka parvient à distiller de manière brillante des failles chez ce personnage : on dirait qu’il fuit l’amour mais pour éviter de découvrir ce que sont vraiment des sentiments et c’est pour cela que pour lui, le plaisir équivaut à la souffrance. C’est très psychologique : tout cela et très bien maîtrisé. Cet homme est un vrai paradoxe en fait : il peut être rabaissé, il s’en dégage quand même une réelle magnificence car il arrive à jouer sur ses discours pour être puissant… Enfin, on constatera que j’ai une vraie fascination à son égard : il est magnétique! Rien ne semble l’atteindre, mais il a un regard sur tout.

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Twittering Birds Never Fly – Tome 1 © KOU YONEDA 2013 Originally published in Japan in 2013 by TAIYOHTOSHO

Dans tous les cas, j’ai apprécié ma lecture. J’ai été quand même un peu dérangée, car les scènes sont assez explicites quand même, mais paradoxalement, dans la mesure où le scénario reste quand même intéressant, on est dans une optique où on n’a pas de scènes pour simplement avoir des scènes. Moi, j’ai trouvé qu’elles expliquaient quelque peu la personnalité trouble de Yashiro par exemple. Avant d’entrer dans le fond de l’histoire, la mangaka prend le temps d’installer les bases revenant sur l’adolescence de Yashiro et Kageyama notamment. On découvre l’ambiance familiale assez lourde qui pèse sur Yashiro et il y est notamment question de choses assez difficiles. Mais le personnage de Yashiro semble en avoir pris son parti, pas qu’il l’accepte totalement, mais plutôt qu’il s’est conditionné en quelque sorte. Il préfère faire passer ses blessures sous son sourire enjôleur, pourtant Kageyama est loin de se laisser tromper. C’est un moyen pour le lecteur de se familiariser avec le personnage de Yashiro qui est au cœur de ce manga. Le personnage de Kageyama bien que présent par la suite, reste quand même plus en retrait, dans la mesure où lui vit son histoire avec Kuga. Mais ce retour dans le passé s’avère judicieux car Yashiro est surtout un personnage marqué bien qu’il s’efforce de le cacher même dans le présent.

Par la suite, on s’intéresse à la relation très trouble entre Yashiro et Doumeki. Difficile de trouver un terme pour décrire cette relation à la fois perverse mais en même temps mignonne. Oui, les deux termes ne vont pas ensemble, mais on ne peut s’empêcher d’apprécier ce jeu du chat et de la souris entre Yashiro qui ne manque jamais une occasion de taquiner de manière un peu sadique Doumeki et ce dernier qui s’est attaché à lui, mais reste quand même dans une forme de réserve, marqué lui-même par des évènements traumatisants vécus un peu plus jeune. Attention, ce n’est pas non plus une perversion dérangeante, c’est plutôt lié à la personnalité que s’est construit Yashiro. Sa façon d’essayer de piquer au vif Doumeki est à la fois amusante, mais parfois mesquine également. On sent qu’il est un peu dérouté par ce personnage et le seul moyen pour lui de s’en approcher, c’est en faisant ce qu’il sait le mieux faire et en se montrant pervers. Très fréquemment, le tout est amené avec une certaine drôlerie, mais la mangaka ne manque jamais de rappeler le passé des personnages. Un passé que tous deux cherchent à occulter mais qui est pourtant bien vivace et qui peut expliquer pourquoi Yashiro n’est jamais plus tombé amoureux d’un homme ou pourquoi Doumeki est impuissant. C’est amené d’une façon assez subtile dans l’ensemble. La mangaka fait des allers-retours entre passé et présent permettant de découvrir des facettes plus sensibles de nos personnages. On se demande comment cette relation entre deux êtres qui se cherchent et possédant tous deux leurs failles pourra se développer dans une certaine harmonie.

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Twittering Birds Never Fly – Tome 1 © KOU YONEDA 2013 Originally published in Japan in 2013 by TAIYOHTOSHO

Forcément, avec l’entrée en scène de Domeki, ses certitudes vont être un peu bousculées et complexifier encore plus Yashiro. La règle de Yashiro est quand même amusante : il ne touche pas aux hommes qui travaillent pour lui (car ils doivent rester admiratifs lol), mais il aime les voir le regarder en plein acte (à nouveau, son côté masochiste) et du coup, il renforce leurs sentiments à son égard sans pour autant s’embarrasser du fait qu’ils peuvent tomber amoureux de lui. Cela reflète quelque part le fait qu’il cherche constamment à fuir cette émotion. Mais Domeki, c’est autre chose. Leur relation est tellement ambiguë. Domeki apparaît sans doute comme un challenge pour lui… A côté de cela, le premier est étoffé à travers une histoire compliquée qui explique son impuissance. Deux personnages torturés, on se doute qu’ils vont finir par se trouver, mais comment? Ce sera tout l’intérêt de ce titre^^.

Visuellement, le dessin de la mangaka est toujours aussi plaisant. J’aime bien les traits de ses personnages. Des traits assez soignés, et qui restent dans une certaine simplicité. Par contre, je retrouve le même souci d’identification des personnages, pas toujours très aisée.

Pour conclure, ce premier, c’est un vrai ravissement! Un personnage qui fait plus dans l’anti-héros que le héros, un autre personnage qui semble transparent mais qui ne l’est pas réellement et surtout deux personnages qu’on ne comprend pas encore vraiment, mais dont on sait que leur relation devrait laisser s’entrouvrir quelques portes.

Informations :

Titre VO : 囀る鳥は羽ばたかない |  Saezuru tori wa habatakanai
Titre traduit : Twittering Birds Never Fly
Genres : drame, gay-lesbien, romance
Nombre de tomes VF/VO : 3/4 (en cours)
Auteur : KONEDA You
Édition VF : Taifu Comics
Prix : 8,99€

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