A Silent Voice T.1 : Apprendre à entendre dans le monde des sourds…

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A Silent Voice – Tome 1

A Silent Voice ou le titre phénomène des éditions Ki-Oon qu’il ne fallait pas manquer en 2015! Bien avant qu’il soit licencié, j’étais déjà conquis par ce titre. Ma joie n’en a été que plus grande quand j’ai su qu’il était licencié. Le handicap est un thème bien trop rare dans les mangas et si vous ne connaissez pas encore ce titre, je vous propose de découvrir le tome 1. Vous pourrez découvrir les avis sur les autres tomes très prochainement sur Kyoukai’s World!

Résumé :

Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations, à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Effrayé par ce handicap, son père a fini par l’abandonner, laissant sa mère l’élever seule.

Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya Ishida, le leader de la classe. Tour à tour intrigué, fasciné, puis finalement exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas communiquer avec sa voix, Shoya décide de consacrer toute son énergie à lui rendre la vie impossible.

Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko, ainsi que l’intervention du directeur de l’école. À cet instant, tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas eux non plus une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…

Source : Ki-Oon

Avis :

Avant même sa licence, avant même son annonce chez Ki-Oon, A Silent Voice était le titre sur lequel je m’étais dit : « Il ne faut pas passer à côté. » Je me demandais quel éditeur publierait ce titre au départ. Quand j’ai commencé à faire mes petites recherches (comme je fais souvent quand je veux la licence d’un titre), j’ai vu que Ki-Oon avait raflé la mise (mais il ne semblait pas le seul à le vouloir de ce que j’ai compris…). Il faut dire que c’était un vrai gage de succès pour l’éditeur qui aurait le titre. Une preuve avérée car le titre a très bien fonctionné. Néanmoins, cela est aussi lié au vrai travail de promo de l’éditeur car je le répète : A Silent Voice n’est pas le seul titre à aborder le handicap et malheureusement, le lectorat oublie cet aspect quand il se concentre sur un titre qui les intéresse alors que les titres porteurs comme cela, il y en a tellement plus. Quelque part, cela me navre car à ma petite échelle, même en mettant des titres de ce type en avant, je n’aurai jamais d’impact réel.

Enfin, il reste que le titre est donc devenu L’un des titres les plus attendus en 2015. Avec toutes les réactions ou controverses qu’il a pu susciter, je crois que cet engouement est compréhensible. Il l’est encore plus quand on connaît le parcours atypique de ce titre (Rappelons-le : le parcours de Koe no Katachi (Titre en VO). En effet, ce titre a connu une publication un peu compliquée. La mangaka se fait remarquer très tôt, ce qui lui vaudra le prix Kôdansha. Mais le problème, c’est que le traitement de ce manga a été jugé comme étant sensible. Il faut dire que des thèmes sociaux assez lourds y sont évoqués. C’est seulement à partir de 2011 que l’on peut découvrir le one-shot A Silent Voice. D’ailleurs, le début du titre donne clairement l’impression qu’on va avoir un one-shot. Un one-shot qui ne manquera pas d’être acclamé par un large public. C’est grâce à cela qu’une série en 7 tomes a pu voir le jour. A Silent Voice a remporté des distinctions permettant au titre de se faire une place au sommet des titres les mieux vendus. Ainsi, il est arrivé en tête des votes des lecteurs dans le Weekly Shônen Magazine, et il a aussi remporté le prix Natalie. Et peut-être pour les plus attentifs, il a souvent été dans le classement Oricon. J’ai commencé à suivre ce titre parce que je le voyais souvent bien classé et les critiques en anglais que je pouvais lire me donnaient envie de m’y plonger. Et c’est réellement sans regret). Par ailleurs, cela est d’autant plus important que la mangaka est assez jeune. Mais il reste que le succès est mérité : ce n’est pas assez souvent que les sujets graves sont abordés, des sujets plus réalistes et auxquels on pourrait tous être confrontés un jour… Qui sait? En tout cas, lire A Silent Voice, c’est se prendre en pleine figure, plusieurs sentiments contradictoires mais pour une finalité qui reste la même : beaucoup de positif.

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A Silent Voice – T.1

C’est sans doute pour cette raison que l’on a un traitement progressif. La première partie du manga se concentre sur la dernière année en primaire de Shôko et Shôya. Le contexte est assez clairement dépeint. Ce qui est saisissant au premier abord, c’est la réaction des élèves quand ils constatent le handicap de Shôko. Quand on y réfléchit, ils ont une réaction propre à des enfants qui ne comprennent pas vraiment. Mais c’est malheureusement cette peur qui va entraîner le calvaire de Shôko sous la conduite de Shôya. De manière assez dramatique, la mangaka passe en détails tout ce que vit Shôko dans cette nouvelle classe : le rejet de ses camarades, les brimades qui s’enchaînent et surtout le plus affligeant sans doute qui réside dans l’incapacité à se faire comprendre. On arrive à saisir qu’il aurait suffi d’un geste d’un des élèves de la classe pour que la problématique soit totalement différente. Le personnage de Shôya s’avère assez détestable, mais quelque part, on se rend compte que si on ne lui avait pas donné un tel poids (en tant qu’instigateur de toutes ces brimades), les choses auraient pu être différentes là encore. C’est parce qu’il est soutenu par toute une classe que les choses prennent des proportions immenses. Ce qui est le plus remarquable, c’est qu’en dépit de tout ce qu’elle subit, Shôko ne baisse jamais les bras. Elle reste assez stoïque mais également souriante car elle ne cesse de chercher l’intégration. On voit déjà que deux mondes différents sont présents : le handicap cloisonne quand le non-handicap prend l’ascendant. Et même si les choses ont évolué, c’est un aspect qui fait encore écho aujourd’hui. On arrive très facilement à voir des situations actuelles dans ce que vit Shôko. En outre, si Shôya se comporte ainsi, c’est parce qu’il n’arrive pas à comprendre pourquoi Shôko réagit de la manière dont elle le fait. C’est parce qu’il est face à un mur qu’il ne cesse de la provoquer, comme s’il cherchait à la faire réagir.

« Shôko Nishimiya… Je ne pouvais pas la supporter… » – Tome 1

Cette réaction va survenir de la mère de Shôko entraînant un retournement de situation inattendu, qui d’une certaine façon, m’a rappelé Life. Ce changement va aussi marquer le début du calvaire de Shôya qui de leader va devenir la victime. Là encore, on voit combien on peut facilement conditionner la réflexion d’enfants. Il suffit d’un élément pour que tous les camarades de Shôya se retournent contre lui alors qu’ils sont loin d’être innocents. Même si Shôya a commis des actes peu glorieux, je dois avouer que je n’ai pu m’empêcher d’avoir de la compassion à son égard : tout lui retombe dessus d’une manière très vile. Le personnage se rend compte que le mot « ami » ne signifie pas forcément grand-chose et c’est ce qui va le conduire à dresser une barrière contre laquelle il va se protéger : en effet, il va alors choisir de barrer le visage de ses camarades. C’est une des particularités de ce manga d’ailleurs et il ne faudra pas vous en étonner : certains personnages n’ont pas de visages. Ils sont tout bonnement barrés pour montrer le monde que s’est construit Shôya et la manière dont il a évolué. J’ai trouvé ce concept surprenant mais très intéressant également car c’est le personnage qui choisit d’enlever cette croix ou non quand il l’estime.

Pour autant, il demeure toujours des zones d’ombre… En effet, derrière le sourire de Shôko se cache pas mal de drames. En premier lieu, des drames familiaux. La mère de Shôko apparaît comme une personne assez froide et triste, mais quand on comprend ce qu’elle a vécu avec le père de Shôko, on arrive facilement à expliquer son comportement. La mangaka amenant de manière assez judicieuse de nombreux flashback, cela nous permet notamment de voir le poids qui pèse sur la mère au Japon quand il s’agit des enfants. J’avais déjà eu un aperçu avec certains dramas, mais ici, on ne peut être qu’émus.

Ce père qui choisit de se décharger totalement sur la mère l’accusant de tous les maux de leur fille, c’est juste horrible. Si l’enfant a un problème médical, on estime que c’est la mère qui est responsable tout simplement. Pourtant, on explique bien que la surdité de Shôko ne pouvait être détectée au moment de la grossesse ni même dans ses premiers mois.

Finalement, je me suis prise d’empathie pour cette mère courage. Elle ne montre jamais rien mais dans le fond, elle aime énormément ses filles et est prête à tout pour elles. Il y a une certaine cohésion dans cette famille. La petite sœur Yuzuru est un personnage que j’apprécie beaucoup. Au début, elle ne supporte pas Shôya qu’elle ne cesse de blâmer. Mais devant la sincérité et les efforts de ce dernier, elle va commencer à l’accepter (de même que la mère qui lui en voudra pendant un moment néanmoins).  En outre, lors d’une nouvelle épreuve familiale, Shôya va lui être d’un réel réconfort. Elle est la première à remarquer les sentiments de Shôko pour lui et deviendra une alliée assez précieuse.

On appréciera dès le départ le parti-pris de montrer le « héros » lycéen alors même que toute la source se trouve dans ses années primaires. Mais ses « retrouvailles » avec Shôko n’en ont que plus de force. En plus, c’est appuyé par le découpage des cases à ce moment comme s’il y avait un effet de ralenti quand il se rend compte que c’est elle (on pourrait presque écrire le pronom en majuscule). Mais le fait de projeter tout de suite le héros vers son passé (une fois qu’il la voit, on a l’impression que le flashback est instantané) de façon à nous présenter les personnages, à comprendre très rapidement leurs psychologies respectives et leurs diverses relations.

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A Silent Voice – T.1

Mais ce premier volume permet aussi d’ancrer durablement le récit. Découvrir Shôya, c’est découvrir un personnage en marge qui donne l’impression que tout n’est que défi ou amusement. Il faut bien comprendre cet aspect pour saisir la raison pour laquelle il fait tout cela quand il est plus jeune et plus tard, comment il a acquis cette maturité suite à ses mésaventures. Ensuite, on a Shôko dont on sait que l’arrivée va marquer le début de ses problèmes comme ceux de Shôya. Je reviens quand même sur le problème de la distinction sourde/malentendante. Il est bien indiqué en anglais qu’elle dit « Deaf » ce qui signifie sourde normalement. Si elle capte des « mouvements », je crois que ce n’est pas plus. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai été gênée tout le long par cette traduction par Ki-Oon.

« C’est trop bizarre!! » – Tome 1

Pour revenir au titre, le premier opus focalise plus sur les nombreuses brimades que va subir Shôko puis Shôya par la suite. Là encore, on appréciera l’audace car c’est un sujet sur lequel les auteurs ne se risquent pas tant même si on ne peut occulter Life. Mais en plus d’appuyer sur les brimades, le titre mêle cela au handicap que Shôko représente. Ce qui surprendra, c’est le parallèle qui est fait : Elle est handicapée mais on a l’impression que cela impacte tout ce qui l’environne. Le climat de malaise qui s’installe tout doucement est lié à son handicap et la manière dont les gens réagissent est également lié à ce handicap que ce soit chez les élèves comme les professeurs. On a l’impression que Shôko n’est donc plus une personne à part entière mais la définition même du mot handicap. En cela, le traitement de la mangaka est réellement pertinent à mon sens et c’est peut-être pour cela que j’ai été plus touchée par ma lecture. Pendant tout le volume, on voit rarement les élèves voir autrement Shôko que par ce qu’elle a. La justesse est vraiment appréciable car à aucun moment, on va voir la mangaka surenchérir sur la « pauvre » Shôko. On a mal pour elle toutefois mais comme la mangaka ne cherche pas à exagérer dans le dramatique mais simplement à exposer des constats, on ne tombe pas dans le pathos. Et c’est pour cela que toutes les problématiques décryptées par l’auteure restent très sensées.

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A Silent Voice – T.1

Ainsi, on voit que Shôya brime Shôko mais parce qu’il ne connaît pas grand-chose. Parce qu’on ne lui parle pas de cela. Sans comprendre, tout reste un amusement pour lui et Shôko n’est qu’une énième curiosité dont il faut décortiquer le mystère (Shôko n’est pas normale pour lui). Il aurait suffi de peu pour que la donne soit différente pourtant : une communication plus aboutie entre le professeur et ses élèves aurait pu permettre une autre approche. Or, quand on voit la manière dont le professeur se « débarrasse » du problème, on voit que même les adultes sont dépassés face à des choses qu’ils ne comprennent pas et pour lesquels (surtout) ils n’ont pas été préparés. Shôya ne pense aucunement que ses actes auront une incidence sur le moral des autres puisqu’il est dans l’insouciance (chose qui caractérise souvent les enfants d’ailleurs). Mais malgré tout, il va subir de plein fouet le petite fossé qui va se créer avec ses camarades voire avec son professeur. Tous finiront par avoir un comportement hautement hypocrite de façon à se décharger et aussi à se donner une contenance. C’est peut-être ce qui est le plus cruel dans ce volume car finalement Shôya devient l’arroseur arrosé d’une certaine façon et il subit des maltraitances de toutes formes. Et c’est pour cela qu’on finit par avoir de la compassion aussi bien pour Shôko que Shôya car ils sont victimes d’une injustice quand la situation change radicalement. Les agissements sournois de ses camarades sont peut-être pires en réalité.

Cette descente aux enfers du « héros » reste toutefois intéressante (attention, je ne cautionne pas). En effet, c’est cela qui va amorcer le changement de mentalité, qui va expliquer pourquoi il va chercher à faire tout ce qu’il fait pour Shôko par la suite, pourquoi il va également chercher à se faire pardonner.

« Arrête de mentir! » – Tome 1 (L’instituteur à Shôya)

On se doute alors que les échanges entre les deux personnages seront le ciment de ce titre même si on ne sait pas vraiment comment cette relation évoluera : amitié? Plus? Et d’ailleurs, jusqu’à présent, je ne sais pas comment la qualifier même si je suis très avancée dans le titre. En outre, il ne faut pas oublier que pendant tout le long, on verra qu’il y a de nombreux sentiments contradictoires chez Shôko et une frustration accumulée qui finira par prendre un tour dramatique par la suite. On se doute que rien ne sera simple mais que les façons d’aborder le handicap seront variées.

Malgré tout ce qui se passe dans ce volume, on s’attache réellement aux personnages. Shôko est un personnage qu’on peut difficilement détester. Alors oui, elle peut difficilement s’affirmer mais cette gentillesse qu’elle affiche de manière permanente tend à prouver qu’elle pourrait facilement tendre la main vers les autres. En outre, c’est peut-être extrapolé de ma part mais j’ai souvent eu l’impression qu’elle comprenait les réactions de ses camarades et qu’elle pouvait les justifier. Je crois que le personnage a bien conscience que son handicap « impose » un autre rapport. Ce n’est pas pour autant que tout est acceptable. Quant à Shôya, on n’a pas de vraie sympathie pour lui au départ, c’est un casse-cou qui ne réfléchit à rien. Mais avec du recul, c’est aussi un enfant avec tout ce que cela implique. Plus on voit ses actions, plus on voit ses erreurs, plus on sait qu’il va forcément avoir une évolution déterminante.

« Mais ce qui me dégoûte plus que tout, c’est ma propre attitude… » – Tome 1

Quand on y réfléchit bien, le reste des personnages (autres enfants + instituteur) donne l’impression d’être une petite caricature de la vie en société…

La seule petite faiblesse du manga (et encore, je chipote), c’est le graphisme. Je ne peux pas dire qu’il soit si élégant, mais j’aime tellement le manga que cela m’importe peu et finalement, j’ai appris à l’aimer. Certes, je pense qu’on reprochera un peu ce trait, mais quand on lit l’histoire, je vous assure que cet élément passe bien après.

Je n’ai qu’une chose à dire : à lire absolument !!!

Informations :

Titre VO : 聲の形
Titre original : Koe no Katachi
Genres : Romance, drame, tranche-de-vie, social
Nombre de tomes VF/VO  : 7 (Terminé)
Auteur : OIMA Yoshitoki
Édition VF : Ki-Oon
Prix : 6,60€

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